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Introduction
Depuis des années,
beaucoup trop de femmes se sont fait conseiller,
à tort, de cesser dallaiter.
Si la mère doit prendre un médicament,
par exemple, la décision de poursuivre
lallaitement se fonde sur bien dautres
facteurs que sur la présence éventuelle
du médicament dans le lait maternel.
Il faut aussi tenir compte des risques de
ne pas allaiter pour le bébé,
pour la mère, pour la famille ainsi
que pour la société. Et le
fait de ne pas allaiter présente
tellement de risques que la question se
résume ainsi : Est-ce que la faible
quantité de médicament excrétée
dans le lait rend vraiment lallaitement
plus dangereux que lalimentation au
lait artificiel? La réponse: presque
jamais. La présence dune faible
dose de médicament dans le lait maternel
est presque toujours sans danger. En dautres
termes, la prudence recommande de continuer
à allaiter, et non darrêter.
Il ne faut pas oublier
que suspendre lallaitement pendant
une semaine peut causer un sevrage définitif
car le bébé pourrait ne plus
jamais vouloir prendre le sein. Il faut
aussi se souvenir que certains bébés
refusent totalement le biberon; une interruption
de lallaitement sera non seulement
injustifiée, elle sera aussi difficile
à mettre en pratique. Sil est
facile de conseiller à la mère
de tirer son lait quand elle nallaite
pas, cela ne sera pas toujours évident
pour la mère, qui pourra se retrouver
avec un engorgement douloureux.
Maladie chez la mère
Très peu de
maladies de la mère nécessitent
une interruption de lallaitement.
Cest particulièrement vrai
des maladies infectieuses, soit celles pour
lesquelles on dit le plus souvent à
la mère darrêter dallaiter.
La plupart des infections sont causées
par des virus. Dans la majorité des
infections virales, la mère est contagieuse
avant même de se rendre compte quelle
est malade. Quand la fièvre (ou le
rhume, lécoulement nasal, la
diarrhée, les vomissements, les éruptions
cutanées, etc.) se manifeste chez
la mère, linfection a déjà
été transmise au bébé.
Comme lallaitement protège
le nourrisson contre linfection, la
mère doit poursuivre lallaitement
pour le protéger. Si le bébé
tombe malade, ce qui est possible, il le
sera moins gravement que sil nétait
plus allaité. Mais souvent, les mères
constatent avec joie que leur enfant nest
même pas malade. Il a été
protégé par le lait maternel.
Les infections bactériennes (comme
les streptococques) ne posent aucun problème
elles non plus.
Voir larticle
9a sur les médicaments et lallaitement
maternel pour la poursuite de lallaitement
lorsquun traitement est prescrit.
La seule exception définitive,
cest la séropositivité
pour le VIH chez la mère. En attendant
den savoir davantage, on estime quune
mère séropositive ne devrait
pas allaiter, du moins quand les risques
associés au lait artificiel sont
acceptables. Il y a toutefois des circonstances,
même au Canada, où les risques
de ne pas allaiter sont suffisamment élevés
pour que lallaitement ne soit pas
forcément déconseillé.
Sur ce sujet, beaucoup de questions sont
encore sans réponse. En fait, une
étude récente a démontré
que lallaitement exclusif protégeait
mieux le bébé contre la contamination
par le VIH que lalimentation au lait
artificiel, et que le risque le plus élevé
de transmission verticale était associé
à lalimentation mixte (lait
maternel + lait artificiel). Ces résultats
demandent à être confirmés.
Les anticorps du lait
maternel
Certaines mères
souffrent de maladies « auto-immunes
», comme le purpura thrombopénique
idiopathique, les maladies thyroïdiennes
auto-immunes et de nombreuses autres. Ces
maladies se caractérisent par le
fait que lorganisme fabrique des anticorps
contre ses propres tissus. On a conseillé
à certaines mères de cesser
d'allaiter parce que ces anticorps passent
dans le lait et pourraient rendre leur bébé
malade. Cest incroyablement insensé.
La majeure partie des anticorps
du lait maternel sont des IgA, des immunoglobulines
sécrétoires. Les maladies
auto-immunes ne sont pas causées
par les IgA. Et même si elles létaient,
les IgA sécrétoires ne sont
pas absorbées par le bébé.
La question est donc sans objet. La mère
doit continuer à allaiter.
Les problèmes
de sein
- La mastite (infection
du sein) ne nécessite pas dinterruption
de lallaitement. En fait, elle guérira
plus rapidement si la mère continue
à allaiter du côté
atteint (voir larticle n° 22,
Mastites et canaux
lactifères bloqués)
- Labcès
du sein ne requiert pas dinterruption
de lallaitement, même du côté
atteint. Bien que la chirurgie sur un
sein lactant soit plus difficile, ni cette
intervention, ni le suivi ne seront réellement
facilités par une interruption
de lallaitement, puisque le sein
continuera de produire du lait pendant
des semaines après cette interruption.
En fait, lengorgement qui surviendra
ne fera quempirer les choses. Il
faut sassurer que le chirurgien
ne fait pas dincision aux alentours
de laréole, car cela pourrait
abaisser considérablement la sécrétion
lactée. Une incision qui ressemble
à un rayon de roue de bicyclette
(le mamelon étant le centre de
la roue) serait moins dommageable aux
tissus glandulaires du sein. De nos jours
un abcès au sein ne nécessite
pas toujours un traitement chirurgical.
Des aspirations répétées
au moyen dune aiguille ou encore
la mise en place dun cathéter
pour drainer labcès, en plus
de lantibiothérapie, peuvent
souvent permettre déviter
la chirurgie.
- Toute chirurgie ne nécessite
pas linterruption de lallaitement.
Cette chirurgie est-elle réellement
nécessaire actuellement, pendant
que vous allaitez? Ny a-t-il pas
un autre traitement envisageable? Cette
masse mammaire doit-elle vraiment être
enlevée maintenant, et pas dans
un an? Une biopsie à laiguille
pourrait-elle suffire? Si la chirurgie
est nécessaire maintenant, il faut
sassurer que lincision nest
pas effectuée autour de laréole.
La poursuite de lallaitement est
possible immédiatement après
la chirurgie, dès que vous êtes
réveillée et que vous vous
sentez prête. Si, pour une raison
ou une autre, il faut suspendre lallaitement
du côté atteint, il faut
poursuivre lallaitement avec lautre
sein. C'est étonnant, mais certains
chirurgiens ignorent quon peut faire
tarir un côté seulement.
Lanesthésie générale
ne requiert pas linterruption de
lallaitement. Vous pouvez allaiter
dès que vous êtes réveillée
et que vous vous sentez prête.
- Les mammographies
sont plus difficiles à interpréter
chez une mère qui allaite, mais
cet examen reste tout de même utile.
Là encore, on peut se demander
combien de temps il faut attendre avant
de considérer que les seins ne
produisent plus de lait. Lévaluation
dune masse pour laquelle lhistorique
et lexamen clinique napportent
pas suffisamment de renseignements peut
se faire autrement que par la mammographie
(par échographie ou par ponction
à laiguille). Il faut en
discuter avec le médecin, en insistant
sur l'importance de lallaitement.
Nouvelle grossesse
Nul besoin de cesser dallaiter
en cas de grossesse. Rien ne prouve que
cela nuira à la mère, au ftus
ou au bébé allaité.
Si la mère veut arrêter dallaiter,
elle peut prendre son temps et sevrer son
bébé en douceur, quoique la
production lactée est souvent plus
basse durant la grossesse, et certains bébés
cesseront de téter de leur propre
initiative.
Maladie chez le bébé
Il est rare que le sevrage
soit nécessaire à cause dune
maladie chez lenfant. Grâce
à lallaitement, la mère
peut réconforter son enfant malade,
et en tétant lenfant réconforte
sa mère.
- Diarrhées et
vomissements. Les infections gastro-intestinales
sont rares chez les bébés
exclusivement allaités. (Toutefois
les selles molles ou liquides sont normales
et très courantes chez les bébés
exclusivement allaités.) Si un
tel problème survient, le meilleur
traitement est de poursuivre lallaitement.
Le bébé guérira plus
rapidement sil est allaité.
Dans la grande majorité des cas,
le bébé guérira rapidement
avec le lait maternel seulement, et na
pas besoin de soi-disant solutions de
réhydratation, sauf dans des cas
extraordinaires.
- Maladies respiratoires.
D'après un mythe, il ne faudrait
pas donner de lait aux enfants souffrant
dinfections respiratoires. Que ce
soit vrai ou non pour les autres laits,
cest certainement faux pour le lait
maternel.
- La jaunisse (ictère).
Les bébés exclusivement
allaités présentent fréquemment
une jaunisse pouvant même durer
jusquà trois mois, toutefois
la pigmentation jaune de la peau est peu
visible à lexamen clinique.
Cest tout à fait normal.
Il existe des jaunisses pathologiques
mais, sauf dans de très rares cas,
elles ne nécessitent pas linterruption
de lallaitement. Si lallaitement
se passe bien, la jaunisse nest
pas en soi une raison suffisante pour
linterrompre. En revanche, sil
y a un problème dallaitement,
sa correction peut améliorer la
jaunisse; la suspension de lallaitement,
même pour peu de temps, risque d'être
irréversible. Suspendre lallaitement
nest ni une solution, ni une bonne
idée (voir larticle n°
7, Allaitement
et jaunisse).
Le bébé
malade na pas moins besoin dêtre
allaité, il en a plus besoin!
En cas de problème
non abordé ci-dessus, il ne faut
pas supposer a priori quil faut arrêter
lallaitement mais continuer à
allaiter, et se renseigner. On a recommandé
à des mères de sevrer leur
enfant pour des raisons trop stupides pour
quon en parle.
Questions?
(416) 813-5757 (option 3) ou drjacknewman@sympatico.ca
ou mon livre Dr Jack Newmans Guide
to Breastfeeding
Traduction
du feuillet n°9b, « You
Should Continue Breastfeeding (2) Illness
in the mother or baby ». révision
janvier 2005
par Jack Newman, MD, FRCPC © 2005
Version française, mars 2005, par
Stéphanie Dupras, IBCLC, RLC
Peut
être copié et diffusé
sans autre autorisation,
à condition quil ne soit utilisé
dans aucun contexte où le Code international
de commercialisation des substituts du lait
maternel de lOMS est violé.
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